
Tunisie – Le procès de Rached Ghannouchi : quand la justice devient un instrument de ciblage personnel entre les mains du pouvoir de facto
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Paris, le 18 avril 2026
L’organisation Voix Libre exprime sa plus vive indignation et sa ferme condamnation du jugement
rendu par le tribunal de première instance de Tunis, condamnant le professeur Rached
Ghannouchi à vingt ans de prison, dans une affaire qui ne remplit pas les conditions minimales
d’un procès équitable et révélant clairement l’instrumentalisation de la justice comme outil
d’élimination des adversaires politiques.
Voix Libre affirme que ce jugement constitue l’aboutissement d’une procédure entachée de
violations graves et sérieuses, notamment: l’arrestation arbitraire du professeur Rached
Ghannouchi dans la 27ème nuit du Ramadan, correspondant au 17 avril 2023, sans convocation
préalable, en violation manifeste des garanties juridiques et humaines les plus élémentaires ; ainsi
que la privation du droit à la défense, les avocats ayant été empêchés d’assister à son audition
devant le juge d’instruction pendant 48 heures, en rupture claire avec les principes du procès
équitable.
S’y ajoute l’utilisation abusive des lois antiterroristes dans une affaire sans aucun lien avec une
quelconque activité terroriste, ce qui constitue une grave déviation de la loi par rapport à ses
objectifs. Puis, l’émission d’un mandat de dépôt malgré la preuve de la falsification de la vidéo
retenue comme élément principal de l’accusation, ce qui discrédite l’ensemble du dossier.
Nous condamnons également avec la plus grande fermeté la volonté délibérée d’influencer le
cours de la justice et l’opinion publique par la fuite d’informations et la publication de messages
annonçant la condamnation avant même le début des procédures d’interrogatoire, dans une
dangereuse première qui porte atteinte à la présomption d’innocence. Alors que l’organisation
souligne que les propos attribués à son mandant lors de la « veillée ramadanesque » relèvent de
la liberté d’opinion et d’expression, ils comportaient un appel explicite à la coexistence, au rejet de
l’exclusion et l’affirmation que la Tunisie peut accueillir tous ses enfants, ce qui fait des poursuites
judiciaires une démarche de nature purement politique.
L’organisation rappelle aussi que le Groupe de travail sur la détention arbitraire a clairement établi
que la détention du professeur Rached Ghannouchi est arbitraire, et que sa véritable motivation
est liée à l’exercice de ses droits fondamentaux, au premier rang desquels la liberté d’expression ;
il a également condamné l’usage des lois antiterroristes contre les opposants politiques.
En conséquence, le fait de maintenir ses poursuites et sa condamnation malgré cette décision
onusienne constitue une violation flagrante des engagements internationaux de l’État tunisien,
ainsi qu’une atteinte grave aux principes de l’État de droit et de l’indépendance de la justice.
Ainsi, Voix libre :
- Condamne avec la plus grande fermeté ce jugement injuste.
- Tient les autorités en place pleinement responsables de cette grave dérive de la justice
visant à malmener un adversaire politique du poids et du rayonnement de Rached Ghannouchi,
tant au niveau national qu’international. - Avertit des conséquences graves de telles pratiques sur les droits et libertés dans le pays.
- Affirme son attachement à l’ensemble des voies légales, y compris le recours contre ce
jugement, malgré la conviction profonde de son mandant quant à l’absence des conditions d’un
procès équitable. - Appelle également toutes les forces vives ainsi que les organisations nationales et
internationales à s’opposer à cette violation flagrante et à défendre ce qu’il reste des acquis de
l’État de droit et des libertés en Tunisie.